30 septembre 2010

Graffitis à... (3) : Amsterdam

Après Grenade et Lisbonne, troisième étape de la série "graffitis" à Amsterdam. Contrairement aux deux villes précédentes, on ne peut pas dire qu'Amsterdam soit dominé par un artiste ou un style (comme à grenade) ou que l'on puisse réellement identifier un quartier du graff en particulier (comme à lisbonne). Toutes ces photos ont été prises soit dans le centre ville (vers le Jordaan et le quartier rouge) soit à proximité du périphérique. A noter une grande concentration de très beaux graffs à proximité du Vrankrijk, notamment deux façades d'immeubles entièrement peintes et une citation de Vaneigem. On reconnaît la main d'un même graffeur dans une série de différents visages peints à proximité de ce lieu. Toutes ces photos ont été prises en juillet 2009.

28 septembre 2010

S.A.V. sur Radio Canut : Les Années 1990 de S.A.V. (émission du 28 septembre 2010)

A l'heure où les années 1990 semblent être devenues un peu "ringardes" et en prévision du prochain "revival" de cette décennie (tout comme les années 1980, ringardes dans les années 90, sont aujourd'hui la grande mode), l'émission S.A.V. se propose de prendre un peu d'avance sur la future mode et de revisiter le meilleur du rock indé de ces années-là. Au programme, entre autres : Sparklehorse, Bikini Kill, L7, Pavement, Noir Désir, The Breeders, Sonic Youth, Nirvana, The Beastie Boys, PJ Harvey, Whipping Boy, Weezer, Alice In Chains, Boss Hog et autres surprises ! Un choix forcément subjectif et incomplet... L'émission est en écoute et téléchargement libre ci-dessous et la liste complète des morceaux est dans les commentaires.



Pour télécharger le podcast de l'émission (fichier mp3), cliquez ici (clic droit puis "enregistrer la cible du lien sous...")

25 septembre 2010

La Chanson de la semaine (22) : Shady Lane (Pavement)

Est-il réellement besoin de présenter Pavement ? Le groupe est à ce point une référence du rock indé des années 1990 que j'en doute... Faisons court, donc ! Formé en 1989, en Californie, par Stephen Malkmus, le groupe s'est imposé comme la référence "lo-fi" de ces années-là, de leur premier album Slanted and enchanted, sorti en 1992 sur le label Matador, à Terror twilight, sorti en 1999 sur le même label (à noter que le groupe s'est reformé en 2009). Le temps de populariser leur son à la fois pop, léger et dissonant, expérimental, chaque morceau réussissant ce délicat équilibre entre mélodies efficaces et atmosphère foutraque. Après le relatif succès des albums Crooked rain, Crooked rain (1994) et Wowee zowee (1995), le morceau "Shady Lane" est extrait de Brighten the corners, sorti en 1997. Le groupe y donne un superbe exemple de pop song bancale, à la fois bizarre et immédiatement addictive. Le morceau se termine par une plage instrumentale intitulée "J vs. S". A découvrir ci-dessous, si vous ne connaissiez pas déjà ! L'occasion aussi d'annoncer la prochaine émission de S.A.V. sur Radio Canut et une spéciale "Les Années 90 de S.A.V." où l'on retrouvera donc cette chanson :


21 septembre 2010

S.A.V. sur Radio Canut : Emission du 21 septembre 2010

Comme annoncé, un programme varié cette semaine ! Au menu : de l'électro-rock/électroclash/digital hardcore (Zenzile, Lesbians on ecstasy, Squishy Squid, Atari Teenage Riot, !!!), du punk (X, René Binamé, The Damned, Lunachicks), du rock indé (Clues, Broken Social Scene, Free Kitten) et quelques classiques, pour se faire plaisir (Pixies, Beastie Boys). Comme d'hab', l'émission est en écoute et en téléchargement libre, ci-dessous. La liste des morceaux est à suivre dans les commentaires.



Pour télécharger le podcast de l'émission (fichier mp3), cliquez ici (clic droit puis "enregistrez la cible du lien sous...")

20 septembre 2010

ANNONCE : Emission du 21/09 sur Radio Canut

Pas de thématique particulière cette semaine, dans l'émission de S.A.V., mais une sélection variée de musiques d'époques et de genres différents ! Au programme, de l'électro-rock/électroclash/digital hardcore (Zenzile, Lesbians on ecstasy, Squishy Squid, Atari Teenage Riot, !!!), du punk (X, René Binamé, The Damned, Lunachicks), du rock indé (Clues, Broken Social Scene, Pixies, Free Kitten) et autres surprises ! Comme d'hab', c'est en direct, mardi soir, de 17h à 18h, sur 102.2 FM, sur Lyon et sa région, ou sur radio.canut.free.fr. Puis, vous pourrez écouter/télécharger le podcast de l'émission sur ce blog.

19 septembre 2010

Grrrnd Zero (Lyon) a fêté ses six ans !

Ce jeudi et vendredi dernier, Grrrnd Zero fêtait ses six ans (on les voit pas grandir...) avec deux soirées au Rail Théâtre. Super soirée, le jeudi, avec Marvin, Papier Tigre, Electric Electric et Pneu dans une salle pleine ! La soirée du vendredi (à laquelle je n'étais pas, par contre) fut, paraît-il "agitée" avec le groupe Chevignon (pour les avoir déjà vu lors d'un festival, par le passé, ça ne m'étonne pas vu la provoc' balourde dans laquelle ce groupe verse...). Mais bon, y avait Melt Banana aussi et, ça, ça devait forcément être bien ! Enfin bref, l'occasion de parler un peu de cette salle qui est certainement parmi ce qui se fait de mieux dans la région et dont l'avenir est toujours menacé, malheureusement (comme tous les lieux intéressant sur Lyon...). Plutôt que de longs discours émouvants, je reproduis ici le petit texte rédigé par les gens de Grrrnd Zero à l'occasion de cet anniversaire :

"Grrrnd Zero, 6 ans d'activisme maladroit

Pourquoi ?
    Grnd Zero est un collectif de gens naïfs : que des bénévoles, pas de chef. Cette association fragile gère un lieu, Grrrnd Gerland, et bénéficie de 30 dates à l'année au Rail Théâtre, une salle de spectacles à Vaise. L'ambition de Grnd Zero est d'aménager un espace autogéré dédié aux cultures underground/bizarres/DIY/alternatives (adjectif approximatif au choix).
    GZ accueille et accompagne des assos qui organisent des concerts, des expos, des projections... Nous trions les demandes selon des critères esthétiques et/ou éthiques (et un peu de copinage aussi). A Grnd Gerland, nous hébergeons des locaux de répétition (plus de 30 groupes s'y entassent), des bureaux (ça va du labo photo au label en passant par le collectif de vidéastes), des résidences, un atelier de sérigraphie...
    Notre volonté d'obtenir un lieu pérenne nous amène à occuper une position hybride vis-à-vis des pouvoirs publics. Nous tentons de composer avec eux, tout en considérant leurs grilles de lecture et le cadre législatif comme inadaptés : volonté de cantonner les projets alternatifs à des friches éphémères, distinction amateur/professionnel simpliste, infantilisation scandaleuse du public...

Comment ?
- Grrrnd Zero a d'abord squatté des locaux publics. Après un procès, un an et demi de vagabondage hors-les-murs et de longues négociations, nous avons obtenu une convention d'occupation précaire de locaux à Gerland grâce à la Ville de Lyon. Cette dernière fournit également une subvention de 20 000 euros au Rail Théâtre afin que la salle accueille Grrrnd Zero et diverses associations du 9ème arrondissement.
- Grrrnd zero est une salle participative. Public, organisateurs, bénévoles, artistes ne devraient pas évoluer dans des carrés qui leur auraient été dessinés au préalable. Si tu veux donner un peu de ton corps à la cause, il suffit d'écrire à
esclavesgz@gmail.com
- Nous essayons de proposer des tarifs accessibles (de prix libre à 10 euros grand maximum). Pas de vigiles. Pas de sortie définitive. Les gens peuvent apporter leurs boissons. Et rentrer s'ils n ont pas assez d'argent (mais soyez prêts à tenir une serpillière).
- Nous espérons diffuser les cultures underground au-delà de la micro famille des convaincus. C'est pourquoi nous distribuons des flyers dans la rue comme des témoins de Jéhovah, et que nous collons des affiches un peu partout. Nous pensons que la publicité commerciale et les grandes industries du spectacle ne devraient pas être les seuls à envahir l'espace public.

Demain
Nous devrons probablement quitter Grnd Gerland d'ici deux ans, et nous n'avons pour l'heure aucune garantie ni perspective de relogement. Quant au Rail Théâtre, son utilisation est de plus en plus contraignante (problèmes de voisinage, incompatibilité d'agenda avec le gérant du lieu, frais de sonorisation élevés...).
    Il y a quelques années, la vie culturelle alternative lyonnaise était moribonde. Aujourd'hui elle reste en sursis : Dodeskaden sans lieu, le Sonic précaire, la Friche relogée de façon douteuse, les squats expulsés sans vergogne...
Bref, on est pas prêts d'être peinards."

17 septembre 2010

La Chanson de la semaine (21) : Remember severed head (Clues)

Clues est un groupe de rock indé de Montréal. Après une série de concerts qui attirent l'attention d'un public de plus en plus important dans la scène rock locale en 2007 et 2008, il est signé sur le label Constellation (oui, encore lui ! quoique le groupe en question s'écarte des productions habituelles de ce label) et sort son premier véritable album éponyme en 2009. Le morceau Remember severed head est un condensé de ce qui s'est fait de mieux en matière de rock indé, ces dernières années. Plus que de Godspeed you black emperor ou des autres groupes de Constellation, c'est musicalement plus proche d'un autre groupe canadien comme Broken Social Scene. C'est incroyablement bien foutu, original, créatif, ça vous rentre directement dans la tête, ça vous donne une énergie folle. En un mot, c'est jouissif ! A découvrir de toute urgence, donc... Un vrai coup de coeur !

   Remember Severed Head by Constellation Records

A noter que vous pouvez télécharger librement le mp3 de ce morceau, depuis le site de Constellation ou en cliquant directement ici (clic droit puis "enregistrer la cible du lien sous")

14 septembre 2010

S.A.V. sur Radio Canut : Emission spéciale sur le label Constellation, le 14 septembre 2010

L'émission de cette semaine était entièrement consacrée à l'excellent label Constellation Records, fondé en 1997 à Montréal et toujours en activité. L'occasion de s'intéresser à l'histoire et à la démarche DIY très politisée de ce label indé. Au programme, une sélection des meilleurs groupes de Constellation, des classiques du post-rock aventureux et tendu des premières années (Godspeed You Black Emperor!, Le Fly Pan Am...) au folk (ou post-folk ?) brut et magnifique des dernières années (Carla Bozulich, Elfin Saddle, Siskiyou...), en passant par quelques groupes inclassables comme Hrsta ou The Silver Mount Zion Orchestra & Tra-La-La Band. Comme d'hab', l'émission est en libre écoute et téléchargement ci-dessous. La liste complète des morceaux est dans les commentaires.



Pour télécharger le podcast de l'émission (fichier mp3), cliquez ici (clic droit puis "enregistrer la cible du lien sous...")

ANNONCE : S.A.V. garde son créneau horaire sur Radio Canut

Contrairement à ce que j'annonçais mardi dernier à l'antenne et ici-même, l'émission S.A.V. ne change pas de créneau horaire, finalement ! Elle continue, pour les semaines à venir, tous les mardis soirs de 17h à 18h.

12 septembre 2010

La Chanson de la semaine (20) : Static (Godspeed you black emperor)

Et si Godpseed You Black Emperor était le plus grand groupe du tournant des années 1990-2000 ? Né, au départ, de la réunion d'Efrim Menuck, Mike Moya et Mauro Pezzente en 1994, le collectif prend réellement forme dans les années qui suivent, regroupant bientôt une dizaine de musiciens. Groupe phare du label Constellation Records (auquel sera consacrée la prochaine de S.A.V. sur Radio Canut, ce mardi 14 à 17h), basé à Montréal, GYBE sort, en 2000 et 2002, deux albums majeurs : Lift your skinny fists like antennas to heaven (2000) et Yanqui UXO (2002). Le groupe est alors au sommet de son art. Il étale, sur certains morceaux qui dépassent régulièrement les vingt minutes, une musique entièrement instrumentale où se croisent les influences du meilleur du rock indé (Glenn Branca, Sonic Youth), du punk (pour la démarche et l'esprit), de la musique expérimentale et même du "classique" vu la dimension "symphonique" de leur musique. Le long morceau Static (plus de vingt minutes) est extrait du premier de ces deux disques. Jamais je n'oublierai la première fois que j'ai écouté cette musique ! C'était il y a dix ans déjà. Je revois exactement les circonstances dans lesquelles je me trouvais, l'état dans lequel cette musique m'a mis et le sentiment très clair que j'ai eu, à la fin, d'avoir découvert quelque chose de très très grand. On n'écoute pas ce genre de morceau comme on écoute n'importe quel chanson pop rock, vite déballée, consommée et oubliée. Il faut prendre son temps, se poser un moment, ne plus rien faire d'autre et monter le son. Alors, on traverse des contrées inouïes, on est ému, on frissonne, on est électrisé, mené au bord d'une étrange transe, pour peu que l'on lâche un peu prise. C'est le monde entier qui défile sous nos yeux, des friches industrielles désertées, un cri de désespoir et de révolte mêlés, tous nos temps de crise, un univers au bord de la faillite. Quel que soit le moment du morceau où vous vous trouviez, sachez que vous n'êtes pas au bout de vos surprises et que le meilleur est encore à venir ! Tout commence lentement, on entend le bruit d'un train, puis un clochard qui parle dans la rue, le genre de clochards mystiques et un peu fous qui annoncent la fin du monde et puis la tension monte, monte, jusqu'à l'incroyable déflagration de la seconde partie du morceau. Tout retombe d'un coup, pourtant, et nous sommes lâchés, dans la dernière partie, dans un étrange no man's land.
Le groupe, très actif pendant quelques années, auteur de concerts mémorables (je les ai vu deux fois !), a interrompu ses activités pendant près de 7 ans, jusqu'à début 2010. Pendant ce temps, la plupart de ses membres ont joué dans plusieurs autres formations géniales comme A Silver mount zion memorial orchestra, Set Fire to flames ou Hrsta. Ceci dit, hourra ! hourra ! le groupe a repris récemment du service et une nouvelle tournée va avoir lieue ! A suivre, donc... Mais, tout ça, on en reparle mardi, dans l'émission de S.A.V., de 17h à 18h !
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7 septembre 2010

S.A.V. sur Radio Canut : Emission du 7 septembre 2010

Après un bon mois de pause, S.A.V. a repris du service sur Radio Canut, ce mardi 7 septembre ! Au programme de cette émission de rentrée, un mix de plein de bonnes choses à écouter : le meilleur du rock indé (Blonde Redhead, Sonic Youth, Electrelane), du punk (Liliput, Mika Miko, The Tunnelrunners), de la pop indé (The Scrotum Poles, Best Friends Forever), des moments calmes (Palm Fabric Orchestra), du folk (Michael Hurley), de l'anti-folk (The Moldy Peaches), des légendes (Pink Floyd, The Cramps), du post-punk (Public Image Ltd) et du digital hardcore (Hanin Elias). Bref, un retour en variété ! Comme d'habitude, l'émission est à écouter et/ou télécharger librement ci-dessous et la liste complète des morceaux est dans les commentaires :



Pour télécharger le podcast de l'émission (fichier mp3), cliquez ici (clic droit puis "enregistrer la cible du lien sous...)

3 septembre 2010

La Chanson de la semaine (19) : Girl serial killer (Hanin Elias)

Hanin Elias est une figure culte de la scène électro-punk berlinoise. Elle commence à vivre dans des squats et à jouer dans de petites formations punks dès l'âge de 15 ans. En 1989, elle rencontre Alec Empire avec qui elle forme le groupe Atari Teenage Riot quatre ans plus tard. Réputé pour ses textes politisés (à l'extrême-gauche toute!), ce groupe berlinois aurait créé ce que ses membres ont appelé le "digital hardcore". Parallèlement à ce groupe et surtout depuis sa séparation elle mène aussi une carrière solo. Elle a sorti plusieurs albums depuis le début des années 2000 et a formé son propre label Fatal Recordings. En 2006, elle part vivre en Polynésie Française, avec sa famille, et annonce la fin de ses activités musicales... pas pour longtemps ! Un nouvel album et une nouvelle tournée sont annoncées pour 2011. Le disque s'appellerait "everywhere nowhere". A suivre, donc ! En attendant, le morceau "Girl serial killer" est extrait du disque In Flames qui regroupe certains de ses premiers enregistrements solos, entre 1995 et 1999 (à l'époque d'ATR, donc). C'est bruitiste, c'est sombre, ça hurle mais, franchement, c'est très bon ! A écouter ci-dessous, en attendant de retrouver ce morceau dans l'émission de rentrée de S.A.V. sur Radio Canut, ce mardi 7 à 17h :

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1 septembre 2010

LITTERATURE (1) : Le Livre de Monelle (1894), de Marcel Schwob

Il est des écrivains dont on se demande aujourd'hui pourquoi ils ne sont pas plus connus. Le grand public les ignore et les programmes scolaires ne s'intéressent pas à eux. Alors les quelques connaisseurs se les échangent avec le plus grand mystère, comme on s'échange quelques précieux secrets. Marcel Schwob fait partie de ces auteurs injustement méconnus. Né en 1867 et mort en 1905, proche des poètes symbolistes qu'il fréquente à Paris, compagnon de lycée de Paul Claudel et de Léon Daudet, grand ami de Colette et admirateur fervent de Robert Louis Stevenson, il commence une oeuvre singulière et hétéroclite (après avoir successivement échoué à l'école normale supérieure et à l'agrégation, ce qui, vu sa trajectoire ultérieure, fut peut-être une bonne chose !). Tour à tour, il devient un spécialiste français de l'argot, spécialiste de Villon et de Rabelais, traducteur de Shakespeare, Richter, Thomas de Quincey, Oscar Wilde (avec qui il se lie d'amitié) et Stevenson (entre autres). Il publie aussi une série de petits ouvrages littéraires, à la croisée du conte romantique et du poème en prose.
Le Livre de Monelle, publié pour la première fois en 1894 et remanié en 1903, est l'un d'eux. C'est un véritable petit chef d'oeuvre, le genre de petit livre (à peine plus de 100 pages) que l'on parcourt les yeux écarquillés, en s'étonnant à chaque page de l'oeuvre étrange et fascinante que l'on est en train de lire. L'ouvrage est divisé en trois parties, toutes très différentes les unes des autres. La première, "Paroles de Monelle", est composée d'une suite d'aphorismes qui évoquent la philosophie du premier romantisme allemand (que Schwob connait bien, pour avoir notamment traduit Richter) ou encore celle de Nietzsche qui commence à être connue dans les cercles artistiques et intellectuels parisiens. Ils célèbrent, tour à tour, la destruction et le renouvellement des formes : "détruis, car toute création vient de la destruction", prônent une philosophie de l'instant : "épuise à chaque moment la totalité positive et négative des choses" et valorisent l'oubli et la légèreté fugace de toutes choses. La partie s'achève ainsi :
"Ayant ainsi parlé dans la plaine, Monelle se tut et devint triste; car elle devait rentrer dans la nuit. Et elle me dit de loin : Oublie moi et je te serai rendue.
Et je regardais par la plaine et je vis se lever les soeurs de Monelle."
La deuxième partie, "Les Soeurs de Monelle", est une suite de petits contes merveilleux dans la lignée des contes romantiques ou symbolistes (pour se référer aux contemporains de Schwob). Chaque conte renvoie, par son titre, à un trait de caractère ou de comportement et l'illustre. Ainsi se suivent "l'égoïste", "la voluptueuse", "la perverse", "la déçue", "la sauvage", "la fidèle", "la prédestinée", "la rêveuse", "l'exaucée", "l'insensible" et "la sacrifiée". C'est sans doute la plus belle partie du livre. Loin du discours de moraliste que pourraient suggérer ces titres, chacun de ces petits textes nous plongent dans un univers où le rêve et le réel s'intriquent, où le fantastique et l'allégorique prennent le pas sur le réalisme et où le merveilleux surgit, comme par enchantement, de chaque phrase. Superbement écrits (dans un style proche de poètes comme Maurice Maeterlinck, par exemple), chacun de ces petits contes est semblable à un petit poème en prose symboliste. A chaque fois, on repose le livre sur nos genoux avec un regard songeur et fasciné, bercé par le mystère de ces figures poétiques. Ces textes ne manquent pas d'humour, parfois, ou d'un semblant de cruauté. Ils évoquent l'idéalisme de leurs personnages, leur attachement poétique au monde, ainsi que la déception et la cruauté des situations qui peuvent en découler. Dans tous les cas, ils semblent venir de nulle part... L'univers des contes et la splendide imagination de ces jeunes filles s'affrontent à la réalité prosaïque du monde (à moins que ce ne soit l'inverse), ainsi de "la déçue" revenant d'un long voyage en barque :
"Mais Bargette ne devint pas gaie avec l'été. Assise entre les auges de fleurs, tandis que l'Indien ou Mahot menaient la gaffe, elle pensait qu'on l'avait trompée. Car bien que le soleil jetât ses ronds joyeux sur le plancher par de petites vitres rissolées, malgré les martins-pêcheurs qui croisaient sur l'eau, et les hirondelles qui secouaient leur bec mouillé, elle n'avait pas vu les oiseaux qui vivent sur les fleurs, ni le raisin qui montait aux arbres, ni les grosses noix pleines de lait, ni les grenouilles pareilles à des chiens".
Dans chacun de ces petits contes, Schwob semble à la fois fasciné par l'univers imaginaire qu'il met en scène à la manière des meilleurs poètes symbolistes et, en même temps, marquer une forme de distance critique vis-à-vis de ces jeunes filles repliées sur elles-mêmes et prisonnières des fantaisies de leur esprit. Le lecteur, lui, se laisse emporter par le merveilleux de telles descriptions où tous les objets, autour de nous, semblent s'animer :
"Cice replia ses jambes dans son petit lit et tendit l'oreille contre le mur. La fenêtre était pâle. Le mur vibrait et semblait dormir avec une respiration étouffée. Le petit jupon blanc s'était gonflé sur la chaise, d'où deux bas pendaient ainsi que des jambes noires molles et vides. Une robe marquait mystérieusement le mur comme si elle avait voulu grimper jusqu'au plafond. Les planches du parquet criaient faiblement dans la nuit. Le pot à eau était pareil à un crapaud blanc, accroupi dans la cuvette et humant l'ombre."
Dans la troisième et dernière partie, juste intitulée "Monelle", on retrouve cette jeune femme à la tête d'une étrange compagnie d'enfants. Elle professe l'amour du jeu et le dégoût du travail : "nous ne travaillons plus, nous jouons". Seulement, un monde noir l'entoure et elle vend aux enfants qu'elle rencontre de petites lampes "qui éclairent à peine la pluie obscure" et qui souvent s'éteignent. Ils ne leurs restent plus alors que la patrie des contes et des songes comme refuge, où le mensonge est préféré à la vérité. Face à une telle assemblée, le mouvement du narrateur est, là encore, ambigu. D'abord fasciné, il cherche à suivre Monelle dans son royaume blanc : "toute la nuit, je vécus dans un univers de songes et de mensonges et j'essayai d'apprendre l'ignorance et l'illusion et l'étonnement de l'enfant nouveau-né". Seulement, dès que l'enchantement cesse, il voit tous ces enfants se perdre à nouveau dans la nuit. Ainsi, le narrateur se détourne finalement de Monelle : "Alors Louvette se souvint, et elle préféra aimer et souffrir, et elle vint près de moi avec sa robe blanche, et nous nous enfuîmes tous deux à travers la campagne".
Quelle importance faut-il accorder à ce geste final ? Faut-il y voir une prise de distance de l'auteur vis-à-vis de l'univers mensonger des contes et de ce "royaume blanc de l'enfance" ? Quand tout l'ouvrage de Schwob porte à son plus haut degré de réalisation le conte symboliste et inspire une telle fascination pour "cette étrange, pitoyable et bienfaisante Monelle, qui parle, après la mort, sur le seuil de ce livre avant que ses sœurs y viennent vivre" (Maurice Maeterlinck) une telle conclusion serait bien douteuse. Toute la réussite de ce livre tient précisément à la confrontation incessante des mondes intérieurs et extérieurs qui, selon l'auteur lui-même, est le coeur de son projet romanesque. A moins encore que tout cet étrange et fascinant Livre de Monelle ne tienne à une bouleversante histoire de deuil, celle de la petite Louise, jeune ouvrière prostituée à l'esprit enfantin (dit-on...) morte en 1893 et pour laquelle Schwob éprouvait une immense affection - ceci éclairant la dimension macabre des dernières pages de cette oeuvre, le narrateur laissant alors cette jeune femme dans son royaume blanc pour rejoindre à nouveau le monde des vivants. Les interprétations sont multiples, ici, et cela n'a rien d'étonnant au sujet d'un ouvrage aussi étrange et complexe, chef d'oeuvre de la prose symboliste. Ce livre à peine refermé, nous les voyons encore ces soeurs de Monelle, petites filles perverses ou innocentes, danser dans l'univers des contes et des légendes qui est le leur. Comment oublier alors cette figure si fascinante de Monelle, petite flamme chancelante et fantasque au milieu de ce monde triste et sans mystère qui nous entoure :
"Je ne sais pas où Monelle me prit par la main. Mais je pense que ce fut dans une soirée d'automne, quand la pluie est déjà froide.
- Viens jouer avec nous, dit-elle.
Monelle portait dans son tablier des vieilles poupées et des volants dont les plumes étaient fripées et les galons ternis. Sa figure était pâle et ses yeux riaient.
- Viens jouer, dit-elle. Nous ne travaillons plus, nous jouons.
Il y avait du vent et de la boue. Les pavés luisaient. Tout le long des auvents de boutique l'eau tombait, goutte à goutte. Des filles frissonnaient sur le seuil des épiceries. Les chandelles allumées semblaient rouges. Mais Monelle tira de sa poche un dé de plomb, un petit sabre d'étain, une balle de caoutchouc."