31 mai 2010

Réflexions sur la politique culturelle de la ville de Lyon, à partir de l'exemple du festival de Street Art "Perffusion"

Les 21 et 22 mai derniers, le festival de street art "Perffusion" s'est déroulé sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon. Qu'un tel festival ait été organisé à l'initiative de la mairie du 1er arrondissement est on ne peut plus surprenant. Quand on connaît la politique de cette dernière en matière de graffitis et d’affichages sauvages depuis plusieurs années, il y a largement de quoi s’étonner et se méfier… Comment organiser pendant deux jours un festival de "street art" quand, le reste de l’année, graffitis et affichages sauvages sont de plus en plus criminalisés ? Que signifie un tel tour de "passe passe" de la part des autorités et où en est-on de la réalité du graff à la Croix-Rousse ?
La petite brochure jointe ci-après, rédigée en réaction à ces évènements, tente de faire le point sur toutes ces questions. Pour l'occasion, je me suis ainsi mué en apprenti-reporter et suis parti mener ma petite enquête sur le terrain, avec des questions bien précises en tête. L’occasion de réfléchir sur la politique culturelle de la plupart des grandes villes aujourd'hui, sur ses paradoxes et certains de ses enjeux. Récit de deux journées d’« enquête » et de « discussions » avec les organisateurs du festival Perffusion ainsi qu'avec les artistes invités et prise de position ouverte pour une libre expression « sauvage » et une libre appropriation de cet espace public et politique majeur qu’est la rue.

Le lien pour lire et télécharger la brochure :  ici

PS: Vous pouvez aussi lire cette brochure en ligne sur le site de Rebellyon (cliquez ici pour voir). Vous pouvez, par ailleurs, la trouver en format papier dans certaines librairies et infoshops lyonnais (Grand Guignol, A Plus d'un Titre, Le Bal des Ardents, La Gryffe, La Plume noire et La Luttine, en l'occurence). Elle est signée officiellement sous le nom de "l'Internationale Utopiste" (et représente, à cette occasion, sa première véritable manifestation publique). J'aurai très prochainement l'occasion de vous exposer ce dont il s'agit précisément, lors de la sortie du premier numéro du fanzine du même nom, courant juin.
Sinon, quelques photos supplémentaires (en plus de celles présentes dans la brochure) :

24 mai 2010

La Chanson de la semaine (5) : Let's go surfing (The Drums)

Voilà le genre de groupes dont il faut vite parler maintenant, quand c'est encore frais, qu'on est encore sous le coup de l'enthousiasme initial et qu'on n'a pas encore été gavé par ses multiples passages en radio ou télé... La chanson date de 2009 et était sorti sur un mini-album de 7 titres à l'époque. C'est aujourd'hui qu'elle commence vraiment à faire le buzz, alors que le premier véritable album du groupe est prévu pour le 7 juin à venir. Vu la tournure que prennent les choses, très certainement le gros tube rock de cet été ! Il faut dire que ce serait mérité. Le morceau est simple, efficace et sans prétention. Pas de grosse novation musicale ici ou de textes particulièrement intéressants, juste une mélodie pop imparable avec une ligne de basse addictive et quelques sifflottis qui vous rentrent vite dans la tête. Ca parle juste de surf, de l'été et du beau temps. Musicalement, ça évoque une sorte de croisement entre la surf music des années 1960 (Beach Boys et compagnie) et le rock des années 1980 (pour la rythmique, la ligne de basse, la voix du chanteur et même sa manière de danser en live). Bref, écoutez, ça va vous mettre de bonne humeur et vous allez aimer ! Ca fait déjà trois semaines que j'écoute ça en boucle quand je veux me donner de l'énergie. Et puis, comme ça, vous pourrez dire que vous avez commencé à écouter ce groupe avant qu'il ne devienne énorme... en attendant de voir, le 7 juin prochain, si l'album est à la hauteur de ce premier single.


21 mai 2010

Le Grand salon de la micro-édition, à Lyon (grrrnd zero) : expos, fanzines, stands d'éditeur, affiches, concerts et films d'animation

Ce week-end du 8-9 mai dernier à Lyon a eu lieu, pour la première fois, le "grand salon de la micro-édition". Grand évènement pour tous les amateurs de fanzines, de dessin, de BD, de graphisme ou tout simplement pour les curieux ! Voilà le petit texte qui accompagnait le programme : "Le week end des 8 et 9 mai 2010, vous pourrez donc découvrir à Grrrnd Zero une trentaine d'éditeurs, principalement de dessin, de tous horizons, qui tous travaillent sur l'idée de petites séries, que ce soient des livres objets, livres d'art, livres punk, fanzines, livres hybrides,... bref qui développent des traits, formes et paroles libres et personnelles. Ces projets évoluent dans une culture DIY « Do It Yourself », c'est à dire autofinancée, autodistribuée, alimentée par la passion de quelques uns à produire des livres rares, uniques avec le plus grand sérieux, dans le soucis d'une belle finition, du détail ou d'un contenu important, nécessaire. Les techniques d'éditions représentées sont multiples depuis le traditionnel Offset en passant par l'impression numérique, la traditionnelle photocopieuse, la gravure, la sérigraphie, sur des supports et formats également variés." En clair, c'était l'occasion inespérée de rencontrer, dans un même lieu, toute la fine fleur de l'édition "alternative" de Lyon et d'ailleurs (Terre-Noire, Le Dernier Cri, atelier Arbitraire, etc. ), divers collectifs de dessinateurs (vous vouliez savoir qui dessine des affiches de concerts pour les petites salles comme le grrrnd zero ? il fallait être là) ou de discuter en direct avec des personnes venues vendre leurs fanzines. Il y avait aussi des ateliers (pour s'initier à la sérigraphie, par exemple), des projections, des expos et des concerts. Résultat : j'y ai passé mon week-end !
A retenir, principalement : quelques très beaux fanzines de dessin, un bon moment passé à feuilleter d'autres fanzines dans la petite sélection amenée par les gens de La Luttine et deux très beaux films d'animation pour terminer le week-end (l'un de Vergine Keaton et l'autre d'A. Baladi et I. Nouzha).

Pour tous ceux qui n'étaient pas présents, un lien pour retrouver tous les éditeurs et collectifs présents lors de ce salon : www.grand-salon.fr .
Et, sinon, une petite sélection des meilleurs fanzines trouvés :
  • d'abord, quelques fanzines trouvés au stand que tenait La Luttine (et dont vous pourrez peut-être trouver encore quelques exemplaires, là-bas), tous à prix libre : "capital un milliard" (une série de collages et d'images détournées), "KALI" n°4 (zine anarcho-féministe, comme il se présente) et le dernier numéro de l'excellent "Heartbeat" (celui-là, j'en reparlerai à part un peu plus tard, car c'est sans doute le fanzine lyonnais dont j'attends à chaque fois le nouveau numéro avec le plus d'impatience !)
  • Ensuite, des fanzines réalisés par des dessinateurs venus, pour la plupart, de Montpellier ou des environs. D'abord "Apero Comix" n°3, de la BD, du dessin, avec pages intérieures à déplier, etc. : très réussi ! Ensuite "Remue l'oeil" n°9 : super zine BD, dessin et texte, lui aussi (une adresse internet où il est surtout question de musique : ici). Enfin, un super livre/fanzine fait par deux filles très sympas qui ont aussi participé aux deux autres fanzines cités ci-avant : des photos tirées d'une exposition, des dessins, plus une pochette avec pleins de choses dedans (mini-fanzine, jeux, autocollants, etc.), le tout présenté sur un très beau support (un genre de cahier avec pochette en carton fait main, à l'intérieur des tas de formats de papiers différents : l'impression de farfouiller dans une malle aux trésors passionnante !). Deux liens, pour ce dernier fanzine, vraiment excellent : le bal des chiens et Lilas
      Dans l'un de ces fanzines (Remue l'oeil), il y avait aussi un cd-r. Comme c'est vachement bien, je met ici un de ces morceaux. Le groupe s'appelle Three in one gentleman suit et le morceau "new strategies" (tiré de l'album "some new strategies") :

      video

      Sinon, pour terminer, vous pouvez toujours trouver le petit livre de soutien au salon avec des dessins de toute la crème lyonnaise (et d'ailleurs), dont voici la couverture :

      On en trouve encore quelques exemplaires dans les deux meilleures librairies de lyon que sont Grand Guignol et le Bal des ardents (voir liens sur ce blog)...

      18 mai 2010

      La Chanson de la semaine (4) : Leaving my old life behind/I am a hermit (Jonathan Halper, BO du film Puce Moment de Kenneth Anger)

      Une "chanson de la semaine" un peu particulière ! D'abord, parce qu'au lieu d'un morceau nous en avons deux. Deuxièmement, parce que ces deux chansons sont les deux seules que l'on connaisse du mystérieux Jonathan Halper, à propos duquel personne ne sait rien. Troisièmement, parce qu'on ne connaît ces chansons que grâce au court-métrage inachevé Puce Moment du tout aussi mystérieux Kenneth Anger. Par où commencer, donc ? Peut-être par ce dernier point puisque, après tout, il n'y a qu'à ce sujet que l'on possède quelques informations fiables. Les six minutes que nous pouvons voir aujourd'hui du film Puce Moment sont en réalité la seule séquence qui ait été tournée, en 1949, d'un projet de film originellement intitulé Puce women par Kenneth Anger. Le film se voulait un étrange hommage aux actrices hollywoodiennes du cinéma muet des années 1920. Il devait suivre un certain nombre de ces actrices dans leur quotidien, leur lieu de vie. Sous la caméra d'Anger, le tout prend une étrange tournure cependant, que résume ce commentaire du réalisateur : "I was, in effect, filming ghosts". Voilà qui éclaire un peu cette étrange séquence, rebaptisée Puce Moment, en 1966, et qui met en scène l'actrice Yvonne Marquis. Que dire, autrement, de ce réalisateur ? Un drôle de type, assurément, avec une étrange trajectoire. Aujourd'hui, on le présente à la fois comme un cinéaste gay (son premier film, Fireworks, met en scène un univers un peu à la Jean Genet), un chroniqueur trash de l'envers du décor hollywoodien, un illuminé mystique ouvertement sataniste (!) mais aussi une des figures majeures du cinéma expérimental américain des années 1950-1960, ami de Jean Cocteau mais aussi des Rolling Stones, de Marianne Faithfull ou de Jimmy Page. Des réalisateurs aussi différents que Martin Scorcese ou David Lynch (le personnage joué par Isabella Rosselini dans Blue Velvet me fait un peu penser à Yvonne Marquis dans Puce Moment) revendiquent aujourd'hui son influence.
      Mais revenons à la musique, puisque c'est ici l'essentiel. Pour être franc, le film Puce Moment est intéressant à voir mais je n'en parlerais pas ici sans la bande son que lui adjoint Anger en 1966. A ce sujet, c'est le mystère le plus complet. Pourquoi l'a-t-il ajoutée à son film (il faut avouer que l'accord des images et du son n'est pas forcément évident) ? Où Anger a-t-il déniché cette musique ?  Qui est ce Jonathan Halper ? Est-ce seulement son vrai nom ou bien quelqu'un d'autre se cache-t-il derrière ces deux chansons ? Une chose est sûre : on ne connaît aucune autre musique de ce dénommé Halper. Dès lors, depuis 1966, la légende va bon train : on aime imaginer une sorte de génie éphémère, livrant deux morceaux de folk définitifs puis disparaissant dans une solitude d'ermite comme le suggère le titre de ses deux morceaux : "leaving my old life behind" et "i am a hermit". Laissons-là toutes ces spéculations. Il reste deux très belles chansons dont on a raison de souligner le caractère précurseur. Pour s'en convaincre, écoutez ces deux morceaux et rappelez-vous que nous ne sommes qu'en 1966, soit un an avant la sortie du fameux album à la banane du Velvet Underground et les premières chansons de Syd Barrett pour le fameux The Piper at the gates of dawn des Pink Floyd (quoique chacun de ces deux groupes célèbres se soient formés et aient commencé à se faire connaître dès les années 1965-66). Voilà le compagnonnage dans lequel il faut inscrire Halper et, le moins que l'on puisse dire, est qu'il est plutôt prestigieux ! Pourtant, sans cette unique séquence du film Puce Moment que sublime cette musique, jamais nous n'aurions pu écouter ces chansons aujourd'hui (aucune sortie en disque, à ma connaissance). Aujourd'hui, c'est un secret bien gardé qu'on se chuchote à l'oreille avec des airs émerveillés, la rareté et la légende entourant ces chansons leur ayant conféré, avec le temps, les allures d'un trésor découvert par miracle. Partageons-le donc avec des airs intrigués et la gravité qui sied à un tel moment !

      14 mai 2010

      Cinéma (1) : Mammuth, de Gustave Kervern et Benoît Delépine

      Voilà donc le dernier film de Gustave Kervern et Benoît Delépine... Comme j'avais beaucoup aimé leur précédent, Louise Michel, je suis allé voir ce nouvel opus sans trop savoir de quoi il retournait. J’ai donc eu la surprise de découvrir Gérard Depardieu en jeune retraité désoeuvré, bientôt embarqué sur les routes au volant d’une vieille moto pour récupérer un certain nombre d’attestations nécessaires pour pouvoir toucher sa retraite à taux plein. C’est la touch Kervern/Delépine (comme dans Louise Michel) : ancrer des films à l’humour noir et aux situations souvent absurdes dans un cadre social très concret et d’actualité. Ce n’est pas le plus intéressant ici, cependant.
      Pour être franc, le début du film me semble râté. Les scènes sont tellement censées être drôles et cocasses qu’elles ne le sont pas. Tout est un peu trop téléphoné et j’ai commencé à sérieusement regretter Louise Michel. Le film décolle à partir de la demi-heure. Petit à petit, il séduit par son atmosphère foutraque. La dolce vita à laquelle s’abandonnent ses personnages, leur simplicité qui confine parfois à la stupidité finit par les rendre extrêmement attachants et, pour tout dire, émouvants. Bien sûr, le scénario a ses faiblesses (je ne vois franchement pas l’intérêt de l’épisode répétitif avec Adjani) mais, au final, j’en suis ressorti avec le cœur gros comme ça. A recommander, donc, mais pas à n’importe qui. Un film pour les oiseaux à une seule patte, les éclopés en guenilles, les simples d’esprit (ou ceux qui savent le devenir), un film pour les enfants émerveillés, les irréductibles naïfs, pour ceux qui ne savent pas où est leur place et pour ceux qui veulent la fuir ! Ceux-là trouveront émouvant, comme moi, de voir une piscine flotter sur la mer, Gérard Depardieu se palucher avec son cousin (si si...) ou simplement regarder les nuages… A bon entendeur, salut !

      12 mai 2010

      La Chanson de la semaine (3) : For Reverend Green (Animal Collective)

      Après deux classiques des années 1960, fondateurs, chacun à leur manière, du rock indé, un morceau de 2007 du groupe Animal Collective, extrait de l'excellent album Strawberry jam. De quoi est-il question, ici ? D'une pop mutante et expérimentale, de strates musicales hyper-complexes et sans cesse innovantes mises au service d'un chant mélodieux et harmonieux, de compositions sous LCD qui réussissent le miracle de réconcilier autour d'elles les amateurs de noise et les amoureux des mélodies pop ! J'aurais pu choisir n'importe quel morceau de cet album ou d'un autre, tant ils sont tous excellents. Ca a été difficile mais j'ai finalement choisi "for reverend green". Pourquoi ? Parce que c'est un mélange parfait de tous les ingrédients que manipule avec brio ce groupe : un début étrange qui rappelle leurs récurrents passages par la noise, puis un chant pop qui rentre facilement dans la tête, un super refrain, des wouhouhou qui alternent avec des cris de fous furieux, le tout porté par une instrumentation complexe dont on aurait bien du mal à identifier les différentes strates. Bref, un petit bijou, dans le genre !



      Sinon, comment dire ? Comme j'ai de terribles remords d'avoir négligé les autres morceaux de cet album au profit de celui-ci, faites-moi plaisir et allez aussi écouter la chanson "chores" (sur deezer ou autres), extraite du même album.

      11 mai 2010

      Ouverture du DODESKADEN, une salle de cinéma expérimental à Lyon, sur les pentes de la Croix-Rousse

      Le Dodeskaden vient d'ouvrir, ce 5 mai. C'est un grand squat, montée de la grande côte, entièrement dédié au cinéma expérimental. L'endroit est un peu caché derrière les arbres et on y accède par un petit escalier, sur la droite, en montant. A l'intérieur, le collectif qui occupe les lieux a fait du super boulot. Dans une grande salle aux allures d'ancien hangar, avec sol en béton brut et poutres métalliques qui traversent la pièce, ils ont délimité dans le fond un espace de projection. Là, ils ont disposé quelques vieux fauteuils face à un grand drap blanc tendu en guise d'écran. Le projecteur tient lui par enchantement, sur une planche de bois suspendue à une poutre métallique.
      La programmation des lieux s'annonce assez pointue. Pour la soirée d'ouverture (à laquelle je n'étais pas présent), c'était un ciné-concert-performance apparemment très réussi, à ce qu'on m'a rapporté. Pour la deuxième soirée, très logiquement, le premier véritable film qu'ils ont passé était Dodeskaden d'Akira Kurosawa. Ce coup-ci, j'y étais et ne l'ai pas regretté. Un très beau film ! Ce soir-là, comme apparemment la fois précédente, la salle était pleine. Espérons donc que ça continue et que ce lieu arrive à se pérenniser sur les Pentes.On m'y reverra, en tout cas, c'est sûr !

      Pour la programmation à venir et plus d'informations, le site du Dodeskaden : dodesk.aden.free.fr

      8 mai 2010

      Les Pentes de la Croix-Rousse, la nuit...

      ...pour une étrange chasse aux fantômes ! Où je découvre aussi en chemin quelques inscriptions sauvages :

      4 mai 2010

      La Chanson de la semaine (2): Venus in furs (The Velvet Underground)

      Pour cette seconde édition de "la chanson de la semaine", un nouveau classique (encore plus classique que "some velvet morning")... Pour commencer ce blog, il faut bien afficher ses références (promis, la prochaine fois, je vous parlerai de groupes moins connus). Et quelle référence cette fois-ci ! Allez, n'hésitons pas : un des meilleurs morceaux de toute l'histoire du rock. L'un des plus influents aussi : on dit que le Velvet Underground n'a pas connu un grand succès, à son époque, mais que tous ceux qui ont écouté ce disque à ce moment-là ont formé un groupe. Pourtant, contrairement à "some velvet morning", on dénombre très peu de reprises du morceau et aucune marquante (à ma connaissance). Trop intimidant, sans doute. Comment serait-il possible de dépasser l'original ? L'arrangement est parfait avec cette rythmique hypnotique, ce son de guitare si particulier et ce violon déchiré, sans parler du chant de Lou Reed. Un must, je vous dis ! Difficile de se renouveler sur le sujet, du coup. Je tente l'affaire en abordant cette chanson sous son angle le moins connu : le roman dont elle s'inspire et auquel elle renvoie directement : La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch.

      On dit souvent que la plus belle chose qui puisse arriver à un écrivain est de voir son nom transformé en adjectif... Les exemples sont rares. Les plus célèbres sont Corneille ("un choix cornélien") ou bien Sade qui a donné le "sadisme". Mais il y a encore mieux, selon moi : qu'un de ses romans devienne une chanson de rock, surtout s'il est question d'un groupe du calibre du Velvet Underground ! C'est ce double destin qu'a connu l'écrivain de langue allemande Leopold von Sacher-Masoch : non seulement son nom a donné le "masochisme" mais son roman La Vénus à la fourrure a inspiré cette célèbre chanson du Velvet underground. Pourtant, si cet écrivain connut, de son vivant, un certain succès, la plupart des gens ignorent aujourd'hui son nom et ne savent ni que le mot "masochisme" vient de lui ni que la chanson du Velvet Undeground vient d'un de ses romans.
      Sacher-Masoch est né en 1835, à Lemberg, en Galicie. Professeur d'histoire, ses premiers romans sont historiques. Cependant, on a surtout retenu de ses oeuvres les pratiques amoureuses et sexuelles qui y sont décrites : ses personnages mettent en place avec leur maîtresse un rituel amoureux hyper-codifié (généralement entériné par un contrat) dans lequel l'homme est dominé par une femme opulente en fourrure et armée d'un fouet. C'est à partir de l'étude de ces rituels que Krafft-Ebing se sert de son nom pour désigner une perversion, en 1886. Le tout a lieu du vivant de l'auteur qui apprécie peu cet "hommage". Son oeuvre est trop ambitieuse pour qu'il se voit ainsi identifié à une simple pratique sexuelle. La plupart de ses romans sont rassemblés dans un grand cycle (inachevé) intitulé "Le Legs de Caïn" qui devait traiter de six thèmes : l'amour, la propriété, l'argent, l'Etat, la guerre et la mort. La Vénus à la fourrure relève de ce premier thème. Le roman est publié en 1870. Dans ce texte, un jeune homme (Severin) raconte (dans une sorte de roman dans le roman intitulé "Confessions d'un suprasensuel") comment il se soumit volontairement à une femme nommée Wanda, à travers une série de rituels hyper-codifiés. Peu à peu, l'aventure tourne mal, notamment avec l'introduction d'un nouveau personnage (appelé "le Grec", comparé à Apollon... oui, toujours les références à la mythologie antique) et la trahison de Wanda. Le récit se termine sur une note amère et la désillusion de Severin. Trois ans après cette trahison, Wanda écrit à ce dernier et espère que celui-ci s'est enfin délivré de l'image idéalisée qu'il se faisait d'elle (et de La Femme, en général). La leçon finale qu'en tire Severin est à double tranchant : d'un côté, il espère une future égalité en droits et en faits de l'homme et de la femme (mais aussi, plus largement des hommes entre eux) qui seule rendrait possible une relation amoureuse heureuse, délivrée de toutes questions de pouvoir entre les amants ; de l'autre, il conclut cyniquement que, "pour le moment, nous n'avons qu'une alternative : être le marteau ou l'enclume"... Ce faisant, il glissait de la question de l'Amour à celle de la Politique. Gilles Deleuze, en 1967 (soit la même année que l'album du Velvet Underground), s'est longuement intéressé à ce texte dans cette perspective (lui qui en a popularisé la traduction française, jointe à son ouvrage Présentation de Sacher-Masoch). Inutile de revenir là-dessus, les curieux pourront s'y référer. Quoi que l'on puisse penser, par ailleurs, de ce type de relations amoureuses, un tel auteur méritait assurément qu'on s'y intéresse. C'est chose faite.
      Une question demeure, cependant : qu'est-ce qui a pu à ce point fasciner Lou Reed pour qu'il fasse de ce roman une chanson ? Le texte de "Venus in furs" (écrit par Lou Reed, dès 1965) évoque à son tour cette vénus habillée d'une fourrure, avec des bottes de cuir et son fouet, ainsi que le personnage de Severin (les paroles, ici). Il reprend la conclusion amère du roman : les coups de fouet de Wanda censés "guérir" Severin de son idéalisme. Le refrain insiste sur cette désillusion et se termine sur cette image : " different colors made of tears". Une seule chose est sûre : en 1967, alors que sort le fameux album à la banane (dont la pochette est dessinée par Andy Warhol), nous sommes très loin de la vague hippie de l'époque. Le groupe aurait voulu se démarquer de ses contemporains et des groupes de rock californien qu'il n'aurait pas pu mieux s'y prendre. Alors que les hippies célébrent l'amour et le pacifisme, Lou Reed et ses accolytes se réfèrent à un roman qui explique, plus ou moins, que l'amour est déjà le terrain d'une sorte de guerre. Chacun, selon ses convictions, choisira son camp entre ces deux discours a priori antagonistes. A moins qu'on refuse de choisir entre les deux et que l'on corrige le cynisme des uns par l'idéalisme des autres, et réciproquement... A moins aussi, après tout, que nous n'ayons là affaire qu'à deux variétés différentes de romantisme, l'un qui ne serait que positivité et l'autre qui incarnerait ce qu'on peut appeler un romantisme noir ? A débattre. Quoi qu'il en soit et pour revenir à la musique, le Velvet Underground, avec cette chanson et d'autres (Heroin, I'm waiting for the man, etc.), allait incarner, pour les décennies à venir, une image transgressive et sombre du rock. Les surfeurs californiens allaient céder la place à une horde de noctambules à la peau pâle, vêtus de vestes en cuir et à l'ironie féroce. Qui s'amusera à énumérer tous les groupes géniaux qui se sont inscrits dans cette lignée depuis ?

      2 mai 2010

      Portraits d'une étrange société : une étrange soirée (30/04)

      Deuxième soirée du genre sur Lyon. Le programme est alléchant : pour fêter la nuit de Walpurgis, créer une sorte de cabaret sauvage dans le cadre d'une ancienne usine réaménagée à Gerland. On promet une sorte de "cour des miracles" avec spectacles de nouveau burlesque, performances artistiques diverses, ambiance "queer", musiques, expos et fin de soirée avec dj. Pour créer une rencontre entre divers supports artistiques, dessinateurs et photographes sont invités. Je m'y rends donc avec mon appareil photo. Je me pointe tranquillement là-bas, dans une friche industrielle de Gerland, vers 21H30 (alors que la soirée commençait à 19h). Grave erreur! Premier constat, c'est blindé de monde ! Résultat: 1h d'attente pour rentrer ! Mais l'ambiance est bonne : on discute facilement dans la queue, beaucoup de personnes sont déguisées. Dedans, c'est bondé. Une drôle d'ambiance, effectivement ! Sur la scène, des shows de nouveau burlesque, de butoh et de la musique (voir les diverses photos que j'ai prises et que j'ajoute ici). Puis, quand on s'égare dans les diverses pièces de cette ancienne usine (éclairées, suivant les cas, en rouge, en vert ou en bleu), toute une faune étrange qui discute (et plus si affinités) dans une chaude ambiance. Bon, je ne rentrerai pas dans les détails. Une soirée marquante, en tout cas... Vivement la prochaine occasion !