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25 août 2010

L'Invitation au voyage... : Hart (Ulan Bator)

Il y a des musiques qui sont comme un voyage, certains bien réels dans diverses atmosphères du monde et d'autres plus oniriques. C'est ce second cas de figure que je voudrais évoquer ici, avec un étrange morceau instrumental de l'excellent groupe de post-rock français Ulan Bator, extrait de l'album Végétale, sorti en 1997. Pour les avoir vu pendant la tournée de Ego:Echo, un peu plus tard, c'est sans doute l'un de mes plus grands souvenirs de concert ! Bon, j'en reparlerai, c'est promis... Ca aurait pu faire une chanson de la semaine mais j'aimerais tenter avec vous une expérience un peu différente, cette fois-ci : laissez-moi vous raconter l'étrange voyage dans lequel m'entraîne à chaque fois ce morceau fascinant (les temps indiqués entre parenthèse renvoyant, bien entendu, aux moments correspondant dans le morceau), vous pourrez me décrire le votre après, si ça vous dit...
Tout commence dans un étrange no man's land, une terre désolée et sombre, une friche industrielle la nuit, un champ de bataille déserté ou que sais-je. Nous errons dans ce paysage inquiétant, tandis que nous percevons, tout autour de nous, quelques présences angoissantes. Bientôt, dans le lointain, nous apercevons le cadre d'une porte. Oui, juste le cadre. Comme ça, au milieu de nulle part. Et nous nous approchons et passons au travers... (2min25) Aussitôt, tout change autour de nous. Nous voilà dans un décor de rêve. D'étranges objets flottent au-dessus du sol. L'ombre et la lumière alternent sans cesse. Il pleut, mais les gouttes d'eau montent du sol vers le ciel. (3min40) Des formes flasques et colorées dansent autour de nous. Tout est d'abord merveilleux, ici. Puis, bientôt, ces formes se font un peu trop pressantes, un peu trop nombreuses. (5min15) L'angoisse nous reprend.  L'ombre gagne peu à peu sur la lumière et le sol se dérobe sous nos pieds. Nous tombons. Mais dans quoi exactement ? Dans rien et tout à la fois. Un lourd et profond sommeil. Ca y est, nos paupières se ferment. Nous rêvons.
Ecoutez, vous verrez...


18 août 2010

Un Paradis pour la dérive (2) : quartiers de l'Albaicin et de Sacromonte à Grenade

Très souvent, les quartiers où l'on trouve le plus de graffitis et d'inscriptions sauvages sont aussi les quartiers les plus favorables à la dérive (pour l'explication de ce que j'entends par ce dernier terme, cliquez ici). Nous avons déjà eu l'occasion de le vérifier à Lisbonne avec les quartiers du Barrio Alto et de l'Alfama (voir ici et ici), ça se confirme à Grenade avec le quartier de l'Albaicin. Assez logiquement donc, mon post sur le graff à Grenade est suivi de celui-ci...
L'Albaicin (ou Albayzin) est l'un des quartiers les plus anciens de la ville de Grenade et constitue avec l'Alhambra (sur la colline d'en face) le coeur de l'ancienne ville médiévale arabe. Celui qui découvre pour la première fois ce quartier l'abordera sans doute par l'une des petites rues en pente qui partent de la calle de elvira ou de la plaza sta ana. En dehors de quelques ruelles commerçantes bondées où se succèdent salons de thé arabes et petites boutiques touristiques, il pénètre alors un dédale de ruelles minuscules (où il est parfois impossible de marcher à deux de front), de petits escaliers déserts et de ruelles pavées transversales. L'endroit a tout d'un labyrinthe à ciel ouvert. On se perd avec bonheur dans ce quartier paisible (une fois qu'on a délaissé les deux ou trois grands axes touristiques), à mesure que l'on progresse dans la pente au milieu de ces maisons blanches. En 2008, lorsque je m'y suis promené durant plusieurs jours, les murs blancs du quartier étaient largement recouverts de superbes graffitis. Voilà qui renforce encore le côté passionnant des lieux : de ruelles minuscules en ruelles minuscules, où il n'est pas question d'envisager la présence d'une voiture, le piéton attentif passe de merveilles en merveilles. Soudain, alors que l'on s'approche du sommet de la colline, alors que l'on se trouve au milieu de cactus, l'on découvre un superbe panorama sur toute la ville de Grenade. On débouche sur quelque superbe esplanade face à l'Alhambra qui se détache devant les montagnes de la Sierra Nevada. Là, des jeunes discutent et jouent de la musique au milieu des habitants du quartier et des touristes. Pour peu que l'on soit curieux (ce qui semble le minimum pour s'adonner à la dérive), on peut découvrir de petites rues entièrement recouvertes de graffitis juste derrière...
Si l'on continue de s'avancer ainsi dans ce quartier, on aborde, sans même s'en rendre compte, le quartier de Sacromonte (historiquement, le quartier gitan de Grenade). Les ruelles et l'aspect des maisons changent peu. On croise de moins en moins de monde, c'est tout. De façon étonnante, on n'y voit quasiment plus aucun graffiti. Les maisons semblent mieux rénovées et on croise de luxueux patios avec une vue magnifique sur l'Alhambra. A mesure que l'on remonte la colline, l'ambiance change, cependant. La ville s'arrête brusquement au moment où la pente se redresse. Tout d'un coup, alors que l'on marchait au milieu des maisons blanches, la rue se transforme en chemin de terre, il n'y a soudainement plus aucune maison et l'on a l'impression d'arriver à la campagne. Alors que l'on s'aventure un peu sur ces chemins (avec une vue magnifique sur Grenade), on découvre que la pente est parsemée de grottes et d'habitations de fortune (une bâche tendue sur deux bouts de tôles ondulées...). L'histoire raconte que le début de la construction de ces grottes remonterait à la fin du moyen-âge. L'endroit est toujours habité. Là, tout au bout de la ville, il ne reste plus qu'à faire demi-tour et qu'à se laisser descendre au hasard des rues et des escaliers... Une fois en bas, vous pourrez remonter vers l'Alhambra, si vous ne craignez pas trop la foule des touristes ou bien vous égarer dans d'autres quartiers superbes de cette ville.
Ci-dessous, quelques photos prises en chemin (cliquez dessus pour agrandir). Le hasard fait que, pendant mon séjour, j'ai croisé une manifestation d'habitants de l'Albaicin qui protestaient contre la spéculation immobilière dont est victime ce quartier et contre les expulsions qui découlent de l'augmentation des loyers. Encore un quartier victime du processus de gentrification, à l'instar de bien d'autres, malheureusement (à commencer par la Croix-Rousse : voir l'article de l'Internationale Utopiste sur le sujet ici). Un autre quartier en lutte pour se préserver de son embourgeoisement et de son affadissement : en d'autres termes, de sa banalisation et de sa mise sous cloche touristique...

25 juin 2010

Un Paradis pour la dérive (1) : Lisbonne

La semaine dernière, j'ai passé quelques jours à Lisbonne. Après de longues promenades aléatoires dans cette ville, je me suis dit qu'elle méritait bien d'inaugurer cette nouvelle série d'articles sur ce blog : mettre en avant une série de villes ou de quartiers labyrinthiques, avec une atmosphère propre et forte, qui se prêtent à merveille à l'un de mes jeux favoris > la dérive. Pour définir ce que j'entends par ce dernier terme (emprunté à toute une tradition qui passe notamment par les surréalistes et les situationnistes), j'ai coutume de le distinguer de deux autres modes de déplacement : le déplacement utilitaire, dont l'objectif est l'efficacité et la rentabilité (rejoindre le plus directement possible le lieu désiré, sans se soucier de l'espace traversé), et le déplacement touristique qui ressemble à une sorte de saut de puce de sites en sites et où le déplacement reste toujours un simple moyen pour rejoindre les lieux désirés. La dérive, elle, fait du déplacement une fin en soi. Sans aucune idée préconçue de son trajet à venir, le piéton s'y abandonne aux sollicitations du milieu qu'il traverse (qu'elles soient architecturales ou sociales). Ce dernier type de déplacement, en ce sens, est à la fois poétique et politique.
Bref, pour en rester là avec ces définitions générales, Lisbonne offre un cadre propice pour ce type de pratique. C'est d'abord dû à son architecture et à sa configuration géographique. On se perd avec bonheur dans ces petites rues étroites pavées, ces innombrables escaliers ou passages. On monte, on descend sans cesse dans cette succession de collines qui font le centre-ville sans plus savoir, à la longue, de quel côté on est venu et vers où l'on se dirige (j'y ai perdu tout sens de l'orientation comme cela ne m'était jamais arrivé depuis que je dérive dans diverses villes inconnues, me rendant compte à la longue que j'avais commencé à tourner en rond alors que je pensais m'être aventuré sur une nouvelle colline). Irrésistiblement, on est attiré par ces "miradouro", parcs en terrasses ou esplanades au sommet d'une colline et alors toute la ville est à nos pieds. Lisbonne est aussi une ville dont les quartiers du centre ont gardé une vie populaire. La journée, il est plaisant de suivre les discussions animées des personnes au milieu des rues ou de suivre un moment une petite vieille qui déambule dans la pente. Le soir, on croise des personnes qui cuisinent en plein milieu d'un escalier avant d'évacuer leurs restes directement en soulevant la grille d'égout. Et, à la nuit tombée, on s'immerge dans la foule qui envahit toutes les rues très chaudes du Barrio Alto (en slalomant, il faut bien l'avouer, entre divers types un peu bizarres qui vous proposent de la cocaïne ou autres substances illégales...) ou de l'Alfama - à moins que l'on ne s'écarte un instant et que l'on joue à se perdre dans des ruelles désertes. Alors, on perd tous repères. Parfois, on arpente des passages déserts où quelques jolis tags ornent les murs. D'autres fois, on dévale un escalier où seul traîne un petit chat. A un moment donné, je me suis retrouvé dans une zone un peu glauque. L'heure est au coupe-gorge ! Je remarque qu'un drôle de type s'est mis à me suivre et l'endroit n'est franchement pas rassurant, là, dans ce quartier abandonné. Je ne sais plus dans quelle direction je vais. Je m'égare dans les bas-fonds de Lisbonne où seuls traînent quelques paumés. Puis, finalement, je rejoins le Tage. Les eaux noires s'étirent à ma droite tandis que je traverse d'anciens docks déserts (où, parfois, un ancien hangar abandonné a été transformé en boîte de nuit). Puis, je retrouve les rues pavées du centre ville. Il est quatre heure du matin. Les oiseaux commencent déjà à chanter. Quelques clochards dorment sur le trottoir tandis que d'innombrables tessons de bouteilles jonchent la chaussée. Ca y est ! J'ai traversé la nuit...
Voici quelques photos qui restent de ces journées de dérives (cliquez dessus pour agrandir) :