Un mix qui part dans tous les sens, aussi bien dans les époques que dans les genres ! Au programme : de la musique du Niger (Etran de l'Aïr), du garage psyché des 60s (13th Floor elevators, Index), de la soul (Aretha Franklin), une chanteuse turque (Gulden Karabocek), le générique de Thierry la Fronde (Jacques Loussier), du post-punk varié (Finally Punk, Heavy Metal), une touche d'indie (Chronophage, D.L.I.M.C.), le punk culte d'Abwärts, le disque punk le plus fou de ces 20 dernières années (Pustostany), les Beastie Boys, un peu de synthés (Cultural amnesia) et autres musiques inclassables (Orchestre tout puissant Marcel Duchamp, Alice, Eugene Chadbourne & Jim McHugh, Wau wau). Le tout, à écouter et à télécharger à partir des liens ci-dessous (playlist détaillée à la suite) :
Spéciale reprises dans l'émission S.A.V., mardi 15 octobre, de 17h à 18h (102.2FM ou via radiocanut.org) ! Du lourd aussi bien du côté des groupes repris que des "reprenants" (Minor Threat vs. Paul Revere&the raiders, The Avengers vs. Rolling Stones, Minutemen vs. Urinals, etc. etc.). Pour se donner un avant-goût, la palme de la version la plus éloignée de l'original revient à X avec sa version punk du morceau "Soul Kitchen" des DOORS. La preuve avec les deux versions ci-dessous. Ah oui, et pour l'anecdote, l'album de X, Los Angeles, était produit par Ray Manzarek des... DOORS.
Quand on est adolescents, on a deux options : soit on déteste, par principe, les groupes qu'écoutaient ses parents, soit on les adore. Moi, j'avais choisi la première solution. Ainsi, à la poubelle Beattles, Rolling Stones, Pink Floyd et compagnie ! C'était un tort. C'est dans un film, l'autre jour, que j'ai réentendu ce morceau et, merde ! quelle claque ! L'intro, surtout, avec cette ligne de basse terrible... Alors, oui, bien sûr, quand on voit le groupe aujourd'hui, ce n'est pas toujours brillant brillant et on en oublierait presque la puissance des morceaux de leurs débuts, à l'époque où on les accusait encore d'être les messagers du diable (faut dire que ces cons en rajoutaient avec des titres comme "sympathy for the devil") et avant qu'ils ne deviennent à leur tour de riches bourgeois tout juste bons à vendre des produits dérivés et à faire des publicités. Du coup, dans la foulée, je me suis mis à écouter tous les vieux disques des Rolling Stones. C'est à de petites choses comme celle-ci qu'on se rend compte qu'on est devenu un adulte...
Une "chanson de la semaine" un peu particulière ! D'abord, parce qu'au lieu d'un morceau nous en avons deux. Deuxièmement, parce que ces deux chansons sont les deux seules que l'on connaisse du mystérieux Jonathan Halper, à propos duquel personne ne sait rien. Troisièmement, parce qu'on ne connaît ces chansons que grâce au court-métrage inachevé Puce Moment du tout aussi mystérieux Kenneth Anger. Par où commencer, donc ? Peut-être par ce dernier point puisque, après tout, il n'y a qu'à ce sujet que l'on possède quelques informations fiables. Les six minutes que nous pouvons voir aujourd'hui du film Puce Moment sont en réalité la seule séquence qui ait été tournée, en 1949, d'un projet de film originellement intitulé Puce women par Kenneth Anger. Le film se voulait un étrange hommage aux actrices hollywoodiennes du cinéma muet des années 1920. Il devait suivre un certain nombre de ces actrices dans leur quotidien, leur lieu de vie. Sous la caméra d'Anger, le tout prend une étrange tournure cependant, que résume ce commentaire du réalisateur : "I was, in effect, filming ghosts". Voilà qui éclaire un peu cette étrange séquence, rebaptisée Puce Moment, en 1966, et qui met en scène l'actrice Yvonne Marquis. Que dire, autrement, de ce réalisateur ? Un drôle de type, assurément, avec une étrange trajectoire. Aujourd'hui, on le présente à la fois comme un cinéaste gay (son premier film, Fireworks, met en scène un univers un peu à la Jean Genet), un chroniqueur trash de l'envers du décor hollywoodien, un illuminé mystique ouvertement sataniste (!) mais aussi une des figures majeures du cinéma expérimental américain des années 1950-1960, ami de Jean Cocteau mais aussi des Rolling Stones, de Marianne Faithfull ou de Jimmy Page. Des réalisateurs aussi différents que Martin Scorcese ou David Lynch (le personnage joué par Isabella Rosselini dans Blue Velvet me fait un peu penser à Yvonne Marquis dans Puce Moment) revendiquent aujourd'hui son influence.
Mais revenons à la musique, puisque c'est ici l'essentiel. Pour être franc, le film Puce Moment est intéressant à voir mais je n'en parlerais pas ici sans la bande son que lui adjoint Anger en 1966. A ce sujet, c'est le mystère le plus complet. Pourquoi l'a-t-il ajoutée à son film (il faut avouer que l'accord des images et du son n'est pas forcément évident) ? Où Anger a-t-il déniché cette musique ? Qui est ce Jonathan Halper ? Est-ce seulement son vrai nom ou bien quelqu'un d'autre se cache-t-il derrière ces deux chansons ? Une chose est sûre : on ne connaît aucune autre musique de ce dénommé Halper. Dès lors, depuis 1966, la légende va bon train : on aime imaginer une sorte de génie éphémère, livrant deux morceaux de folk définitifs puis disparaissant dans une solitude d'ermite comme le suggère le titre de ses deux morceaux : "leaving my old life behind" et "i am a hermit". Laissons-là toutes ces spéculations. Il reste deux très belles chansons dont on a raison de souligner le caractère précurseur. Pour s'en convaincre, écoutez ces deux morceaux et rappelez-vous que nous ne sommes qu'en 1966, soit un an avant la sortie du fameux album à la banane du Velvet Underground et les premières chansons de Syd Barrett pour le fameux The Piper at the gates of dawn des Pink Floyd (quoique chacun de ces deux groupes célèbres se soient formés et aient commencé à se faire connaître dès les années 1965-66). Voilà le compagnonnage dans lequel il faut inscrire Halper et, le moins que l'on puisse dire, est qu'il est plutôt prestigieux ! Pourtant, sans cette unique séquence du film Puce Moment que sublime cette musique, jamais nous n'aurions pu écouter ces chansons aujourd'hui (aucune sortie en disque, à ma connaissance). Aujourd'hui, c'est un secret bien gardé qu'on se chuchote à l'oreille avec des airs émerveillés, la rareté et la légende entourant ces chansons leur ayant conféré, avec le temps, les allures d'un trésor découvert par miracle. Partageons-le donc avec des airs intrigués et la gravité qui sied à un tel moment !
Pour cette seconde édition de "la chanson de la semaine", un nouveau classique (encore plus classique que "some velvet morning")... Pour commencer ce blog, il faut bien afficher ses références (promis, la prochaine fois, je vous parlerai de groupes moins connus). Et quelle référence cette fois-ci ! Allez, n'hésitons pas : un des meilleurs morceaux de toute l'histoire du rock. L'un des plus influents aussi : on dit que le Velvet Underground n'a pas connu un grand succès, à son époque, mais que tous ceux qui ont écouté ce disque à ce moment-là ont formé un groupe. Pourtant, contrairement à "some velvet morning", on dénombre très peu de reprises du morceau et aucune marquante (à ma connaissance). Trop intimidant, sans doute. Comment serait-il possible de dépasser l'original ? L'arrangement est parfait avec cette rythmique hypnotique, ce son de guitare si particulier et ce violon déchiré, sans parler du chant de Lou Reed. Un must, je vous dis ! Difficile de se renouveler sur le sujet, du coup. Je tente l'affaire en abordant cette chanson sous son angle le moins connu : le roman dont elle s'inspire et auquel elle renvoie directement : La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch.
On dit souvent que la plus belle chose qui puisse arriver à un écrivain est de voir son nom transformé en adjectif... Les exemples sont rares. Les plus célèbres sont Corneille ("un choix cornélien") ou bien Sade qui a donné le "sadisme". Mais il y a encore mieux, selon moi : qu'un de ses romans devienne une chanson de rock, surtout s'il est question d'un groupe du calibre du Velvet Underground ! C'est ce double destin qu'a connu l'écrivain de langue allemande Leopold von Sacher-Masoch : non seulement son nom a donné le "masochisme" mais son roman La Vénus à la fourrure a inspiré cette célèbre chanson du Velvet underground. Pourtant, si cet écrivain connut, de son vivant, un certain succès, la plupart des gens ignorent aujourd'hui son nom et ne savent ni que le mot "masochisme" vient de lui ni que la chanson du Velvet Undeground vient d'un de ses romans.
Sacher-Masoch est né en 1835, à Lemberg, en Galicie. Professeur d'histoire, ses premiers romans sont historiques. Cependant, on a surtout retenu de ses oeuvres les pratiques amoureuses et sexuelles qui y sont décrites : ses personnages mettent en place avec leur maîtresse un rituel amoureux hyper-codifié (généralement entériné par un contrat) dans lequel l'homme est dominé par une femme opulente en fourrure et armée d'un fouet. C'est à partir de l'étude de ces rituels que Krafft-Ebing se sert de son nom pour désigner une perversion, en 1886. Le tout a lieu du vivant de l'auteur qui apprécie peu cet "hommage". Son oeuvre est trop ambitieuse pour qu'il se voit ainsi identifié à une simple pratique sexuelle. La plupart de ses romans sont rassemblés dans un grand cycle (inachevé) intitulé "Le Legs de Caïn" qui devait traiter de six thèmes : l'amour, la propriété, l'argent, l'Etat, la guerre et la mort. La Vénus à la fourrure relève de ce premier thème. Le roman est publié en 1870. Dans ce texte, un jeune homme (Severin) raconte (dans une sorte de roman dans le roman intitulé "Confessions d'un suprasensuel") comment il se soumit volontairement à une femme nommée Wanda, à travers une série de rituels hyper-codifiés. Peu à peu, l'aventure tourne mal, notamment avec l'introduction d'un nouveau personnage (appelé "le Grec", comparé à Apollon... oui, toujours les références à la mythologie antique) et la trahison de Wanda. Le récit se termine sur une note amère et la désillusion de Severin. Trois ans après cette trahison, Wanda écrit à ce dernier et espère que celui-ci s'est enfin délivré de l'image idéalisée qu'il se faisait d'elle (et de La Femme, en général). La leçon finale qu'en tire Severin est à double tranchant : d'un côté, il espère une future égalité en droits et en faits de l'homme et de la femme (mais aussi, plus largement des hommes entre eux) qui seule rendrait possible une relation amoureuse heureuse, délivrée de toutes questions de pouvoir entre les amants ; de l'autre, il conclut cyniquement que, "pour le moment, nous n'avons qu'une alternative : être le marteau ou l'enclume"... Ce faisant, il glissait de la question de l'Amour à celle de la Politique. Gilles Deleuze, en 1967 (soit la même année que l'album du Velvet Underground), s'est longuement intéressé à ce texte dans cette perspective (lui qui en a popularisé la traduction française, jointe à son ouvrage Présentation de Sacher-Masoch). Inutile de revenir là-dessus, les curieux pourront s'y référer. Quoi que l'on puisse penser, par ailleurs, de ce type de relations amoureuses, un tel auteur méritait assurément qu'on s'y intéresse. C'est chose faite.
Une question demeure, cependant : qu'est-ce qui a pu à ce point fasciner Lou Reed pour qu'il fasse de ce roman une chanson ? Le texte de "Venus in furs" (écrit par Lou Reed, dès 1965) évoque à son tour cette vénus habillée d'une fourrure, avec des bottes de cuir et son fouet, ainsi que le personnage de Severin (les paroles, ici). Il reprend la conclusion amère du roman : les coups de fouet de Wanda censés "guérir" Severin de son idéalisme. Le refrain insiste sur cette désillusion et se termine sur cette image : " different colors made of tears". Une seule chose est sûre : en 1967, alors que sort le fameux album à la banane (dont la pochette est dessinée par Andy Warhol), nous sommes très loin de la vague hippie de l'époque. Le groupe aurait voulu se démarquer de ses contemporains et des groupes de rock californien qu'il n'aurait pas pu mieux s'y prendre. Alors que les hippies célébrent l'amour et le pacifisme, Lou Reed et ses accolytes se réfèrent à un roman qui explique, plus ou moins, que l'amour est déjà le terrain d'une sorte de guerre. Chacun, selon ses convictions, choisira son camp entre ces deux discours a priori antagonistes. A moins qu'on refuse de choisir entre les deux et que l'on corrige le cynisme des uns par l'idéalisme des autres, et réciproquement... A moins aussi, après tout, que nous n'ayons là affaire qu'à deux variétés différentes de romantisme, l'un qui ne serait que positivité et l'autre qui incarnerait ce qu'on peut appeler un romantisme noir ? A débattre. Quoi qu'il en soit et pour revenir à la musique, le Velvet Underground, avec cette chanson et d'autres (Heroin, I'm waiting for the man, etc.), allait incarner, pour les décennies à venir, une image transgressive et sombre du rock. Les surfeurs californiens allaient céder la place à une horde de noctambules à la peau pâle, vêtus de vestes en cuir et à l'ironie féroce. Qui s'amusera à énumérer tous les groupes géniaux qui se sont inscrits dans cette lignée depuis ?